L’interview qui a bon Guts

     A l’occasion de la sortie de son projet avec Blanka, « Fine Bouche » et récemment celle de son album « Hip Hop After All », le Grateful a posé quelques questions à Guts, beat maker Oldschool, toujours super cool !

« Fine bouche » pourrait être le nom d’un restaurant gastronomique, mais c’est en réalité, un Ep sur lequel Guts et Blanka invitent des professionnels du paysage Hip hop français à poser quelques couplets. On y retrouve au menu Cheeko (Phase Cachée), Hippocampe fou (déjà passé dans nos lignes), le duo Milk Coffee and Sugar entre autre. Les quatre morceaux proposés à la carte sont très rafraîchissants et prennent à contre pieds les ambiances anglophones que l’on connaît aux deux musiciens. Les textes sont soignés et accrocheurs, sans pour autant éclipser les instrus. Un Ep à déguster à tout moment de la journée entre vos cinqs fruits et légumes quotidiens.

« Hip Hop After All », c’est le dernier né des albums solos de Guts. On y retrouve des ambiances oldschool de New York, lieux ou il a en partie enregistré ce disque. Les collaborations sont à noter car entre les grands noms et les jeunes pousses prometteuses, on peut de perdre au détour d’un block de bonnes rimes. La pochette signé Mambo, promet dès le contact visuel un plaisir auditif dont je vous conseil de ne pas vous passer. En tout cas un album qui a bon Guts.

guts-1T’as sorti le 8 septembre l’album « Hip Hop After All » et encore plus récemment « Fines Bouches », un projet avec Blanka que l’on connaît entre autre, pour son implication au sein de La Fine Equipe, c’est un gros retour au Hip Hop pour toi. Pourquoi revenir à ce style ?

En fait c’est pas un retour car je suis jamais parti, depuis que je suis dans le hip hop et depuis que je fais de la musique, c’est-à-dire depuis 88, j’ai jamais quitté le hip hop. Sauf que, après j’ai des périodes où j’étais moins dans la lumière, peut être en France et de façon médiatique, mais je continuais à faire de la musique . Il y a pas une année où je n’ai pas fait de hip hop. Après c’est vrai que c’est toujours le jeu des médias et des réseaux sociaux et quand on est pas dans la lumière on a l’impression d’avoir quitté le hip hop. Mais pas du tout, c’est juste qu’il y a des périodes où j’étais plus actif pour les autres, il y a des périodes où j’étais plus actif en Allemagne qu’en France. Depuis 88, il y a eu plein de périodes .

On se demandait comment s’est monté le projet avec Blanka ? Comment tu l’as rencontré ? Pourquoi avec lui ?

Blanka, je l’ai rencontré, je crois qu’il faisait un stage à Radio Nova et du coup on a eu un bon feeling. J’ai vu le mec progresser et évoluer à une vitesse et rapidité incroyable, j’avais pas soupçonné son talent et surtout son envie, sa détermination, sa motivation. Et donc très vite il a pris de l’épaisseur, il s’est révélé dans la musique, il a trouvé son style et puis c’est un gars passionné par le son. C’est un producteur, un beatmaker mais surtout un ingénieur du son et moi, je suis friand de ces artistes qui ont cette double casquette, qui sont des « audiophiles » . Et donc au fil du temps j’ai appris à le connaître et à force de le connaître, on s’est dit « Toi t’es dans ton délire Juxebox Champions et La Fine Equipe, c’est plus un délire instrumental ou avec des invités anglophones. Moi c’est vrai je suis un peu plus dans le délire hip hop américain et tout ça. Viens on prend un peu le truc à contre-pied et on fait un truc francophone ! » j’ai fait pas mal de hip hop français dans les années 90, mais du coup je me suis dit que c’était peut-être le moment pour qu’on collabore ensemble et qu’on fasse un truc de hip hop français chose que Blanka n’avait jamais fait. Du coup je l’ai chauffé, ça l’a motivé, fin’ au début ça l’a moyennement motivé, mais de fil en aiguille, il a pris son pied . Et du coup , il est devenu pote avec tout les artistes avec qui nous avons collaboré. Demain si je lui présente Disiz La Peste, il va devenir pote avec Disiz La Peste.

Ahaha ! Nous on veut bien que tu nous le présentes !

Si vous voulez je vous le présente, il va devenir pote avec vous ! Bref, il a plein de potes dans le hip hop français alors qu’il n’en avait pas du tout avant .

D’ailleurs en parlant des artistes du hip hop français, on retrouve sur « Fines Bouches », le duo Milk Coffee and Sugar, Billie Brelok, Swift Guard, Cheeko de Phase Cachée et Hippocampe Fou. Pour ces MC’s ?

Je les connaissais, certains personnellement, le reste artistiquement. Et forcement admiratif de ce qu’ils font. Et donc au début il fallait faire des choix, inviter des artistes qu’on admire et qui rentraient dans la direction artistique du morceau qu’on avait composé avec Blanka. C’est comme ça que ça fonctionne, en tout cas chez nous et surtout chez moi. On compose d’abord la musique et en fonction de l’émotion de la musique et ce qu’elle nous inspire, on va aller chercher l’artiste qui va coller à la musique. Par exemple le morceau avec Billie Brelok, quand on a tapé cette musique, dans ma tête j’ai pensé tout de suite à elle. Pareille pour Milk Coffee and Sugar, quand on a fait le beat avec Blanka, j’ai pensé à eux. Parce que, voilà, leurs voix, leur énergie, leur état d’esprit, leur philosophie, ça correspondant au morceau, à sa couleur, son émotion. Du coup, on fait d’abord de la musique et prendre les artistes qui rentre vont dans la direction artistique de notre musique.

Du coup, tu leur as livré les instrus avec carte blanche pour écrire dessus ?

Je leur ai livré une instru, je leur ai dit « On a fait une musique, on a pensé à vous. Est-ce que vous êtes chaud pour la collaboration ? Est-ce que la musique vous plaît déjà ? ». Parce que avant de collaborer, il faut déjà que la musique te plaise, c’est la condition sine qua non. Et du coup, systématiquement ça a switché. La musique leur a plu et ils ont écrit sur le titre et ils sont allés enregistrer chez Blanka. Et non pas de thèmes imposés. Surtout avec ce genre d’artistes qui ont des plumes assez affûtées, on avait complètement confiance sur la qualité d’écriture. Et pour le coup, je pense que c’est la musique qui inspire leurs écritures et la thématique du morceau, tu vois. Comme tu dis ils avaient carte blanche.

Et la collaboration avec Blanka pour les instrus, mix et samples, comment vous vous répartissiez le travail ?

En fait moi je propose un sample ou lui en propose un et on valide et on part sur cette idée. On se fait fait écouter des sons de batteries, des sons de caisse et chacun valide ce qui lui plait et on avance comme ça quoi.

On avait une question sur tes samples, à l’image du titre « And the living is easy » sur lequel t’avais retravaillé le titre « Summer time » de Billy Stewart, comment ça se passe ton travail au niveau du sampling ?

Tu parles d’un niveau purement artistique ? Pour parler de ce morceau, j’ai découvert ce morceau en 2006, un an avant que je le fasse et j’ai halluciné que personne ne l’ai samplé avant 2006. Parce que les américains, ils ont passé en revue le patrimoine musical, ils l’ont bien torpillé. Et j’ai halluciné que personne ne l’ai samplé ou détourné. Et du coup moi ça m’a inspiré direct, dans l’énergie, dans le côté super fun du morceau. Après j’ai acheté le vinyle et le CD, car dans le CD, il y avait des panoramiques qu’il n’y avait pas dans le vinyle. C’est-à-dire une stéréo, le vinyle est plus mono et le CD est plus stéréo, je sais pas pourquoi. Alors j’ai acheté les deux et j’ai samplé un peu dans la version vinyle et un peu dans la version CD et après voilà, je fais du découpage, je vais équaliser chaque son. C’est comme des ingrédients, comme de la cuisine. Je vais reconstituer quelque chose avec mes petits bouts de sample et de fil en aiguille je vais faire une tournure, deux tournures, trois tournures, ce que j’appelle des tournures c’est des boucles, des loops. Et tu vois je fonctionne par couche, comme un mille-feuille. Et une fois que j’ai plein de couches, je vais sélectionner les plus abouties, celles qui sont les plus intéressantes. Et les tournures les plus intéressantes j’en fais une structure, j’en fais des arrangements, je raconte une histoire sur quatre minutes et ça fais un morceau quoi.

 

On a entendu dire qu’en tant que crate digger, tu travaillais un peu avec Julien de Digger Diggest, c’est quoi la plus grande perle qu’il t’ait fait découvrir ?

Ah c’est une bonne question ça ! Il m’en a fait découvrir des perles, mais laisse moi chercher… Je pourrais pas te dire la plus grosse perle vu qu’il m’en a fait découvrir des sacrées belles. Mais par contre ce qui est rigolo, parce que j’ai une anecdote qui me revient. Quand je lui achète des disques, il me les envoie directement en Espagne et un jour il m’envoie un colis avec les disques que j’avais achetés et il m’envoie un 45 tours du tracks, « Respect » d’Alliance Ethnik, le groupe que j’avais. Et je savais même pas que mon label avait fait des 45 tours ! Et du coup, genre 20 ans après, il m’envoie un 45 tours en cadeau, il m’avait même pas prévenu. Et j’ai halluciné quoi, je savais pas que j’avais fait un 45 tours de « Respect ».

Vu que tu nous parles d’Alliance Ethnik, c’est quoi ton meilleur souvenir avec ce groupe ?

Bah, je te dirais que c’est évidemment l’enregistrement du premier album à New-York parce que du coup on était avec Bob Power en studio, qu’est une légende et qui était le réalisateur, producteur, ingénieur du son de toute la crème de l’époque, c’est-à-dire J. Lo, Erykah Badu, Tribe Call Quest, De la Soul, The Roots, Come On et j’en passe. Et du coup nous, on était en studio et on les voyait tous dans les couloirs, Q-Tip, The Roots. C’était ouf parce qu’on était en studio et on voyait tous les gens qu’on adorait, qui nous inspiraient et qui nous nourrissaient. Et du coup on a vécu à New-York, une période où on a enregistré et aussi mixé l’album, qui était absolument magique. Donc ça c’est un souvenir assez incroyable ! Et j’ai un souvenir encore plus lointain, au début avec Alliance Ethnik on faisait les premières parties et à l’Elysée Montmartre, bien avant que ça brûle vu que ça a brûlé il y a deux ans mais là je te parle de 93, peut être ou 94. On avait fait la première partie d’IAM, à l’Elysée Montmartre et ça a été un souvenir mémorable parce que du coup ça a été notre premier gros concert, tu vois, devant, l’Elysée Montmartre ça doit être 1500 personnes et c’était blindé. Et du coup, on avait fait pas mal de petits concerts, de radios donc il y avait un buzz autour du groupe. On est arrivé tous les trois sur scène : Moi avec mon sampler, Crazy B aux platines et Kamel au micro, on était juste trois à l’époque. Et là, on a défouraillé la première partie et c’était mortel. J’en ai un souvenir de ouf parce que la vibes qu’on avait mis ce jour là, le public était super réceptif. Il s’est passé un truc magique entre le public qui s’attendait pas du tout à ce qu’on allait faire et nous, on s’attendait pas du tout à captiver, à émouvoir autant le public, du coup il y a eu un effet de surprise dans les deux sens et ça a était grandiose et magique quoi.

Pour revenir sur l’album « Hip Hop After All », t’es allé l’enregistrer aux USA avec des grands noms du rap mais aussi avec des Mc’s plus jeunes et prometteurs, comment s’est passé le travail avec tous ces gens ? Et comment t’as vécu l’expérience outre Atlantique ?

Ah c’était pas magique dans le sens où New York a perdu sa flamme au niveau du hip hop, c’est plus ce que c’était par rapport à ce qu’on appel le Golden Age des années 90, mais ça je le savais vu que j’étais retourné à New York deux ans avant juste pour kiffer avec ma femme. Du coup je savais que je retournais à New York dans un contexte moins magique, par rapport à ce que j’ai connu mais le fait de retourner en studio, de travailler en studio avec des artistes que j’ai adorés que je continue à adorer et d’autre que je voulais absolument découvrir, des jeunes artistes avec qui j’avais vraiment envie de travailler, de collaborer, de découvrir en vrai et surtout de partager un moment artistique avec eux. Et du coup ça s’est super bien passé ! Ce qu’il faut savoir c’est que quand tu collabores avec des artistes la mayonnaise elle prend pas à chaque fois tu vois. Quand tu collabores avec des chanteurs et des musiciens, l’alchimie elle prend ou elle prend pas, on va dire qu’elle prend une fois sur deux. Si t’as pas trop de chance ça prend une fois sur trois et si t’as de la chance ça prend une fois sur deux. Mais là j’ai eu beaucoup, beaucoup de chance et ça à pris huit fois sur dix. Du coup c’était magique pour ça, à chaque fois que je faisais un morceau avec un artiste à New York ou à Los Angeles, parce que j’ai fait les deux, la magie, l’alchimie prenait.

Tu as eu sur l’album, Patrice, qui est le nom le plus célèbre que t’aies sur l’album, peut être une reconnaissance mondiale, pourquoi avoir fait appel à lui dans un délire hip hop alors que c’est pas son style de prédilection ?

En fait Patrice, il est pas si connu que ça. Il est surtout connu en Europe, en Allemagne car il est allemand. Enfin à la base il est de Serria Leone, je sais pas comment on dit « Serrialéonais » ? Donc il est natif de Serria Leone et il est allemand , il a vécu quasiment toute sa vie en Allemagne. Ouais, il est surtout connu en Allemagne et en France mais sinon aux États-Unis, il est pas connu. Et du coup, je connais Patrice depuis pas mal de temps, le mec a quand même fait dix albums, il vient du reggae et moi, les premiers albums qu’il a fait en mode reggae, ça m’a mit la fièvre. C’est un mec, en fait, qui a une grosse culture hip hop, du coup c’est mal le connaître de dire que c’est pas un mec hip hop, aujourd’hui évidemment il a pris un tournant plus reggae, pop, un mélange de pop, de reggae, de funk et de soul. Mais du coup, c’est un mec qui a un gros kiff de hip hop, qui kiff Joey BADA$$. Il connaît très très bien la culture hip hop et encore mieux la culture reggae parce que c’est vraiment sa musique de prédilection, et moi évidemment le reggae et le hip hop, c’est mes deux musiques. Donc quand j’ai fait le morceau sur lequel il a posé, (Want It Back) celui avec la flûte, c’est simple j’ai entendu sa voix direct’. J’ai composé le beat et j’ai fait « Putain, j’ai même pas envie d’un rappeur plus, on va dire, en mode classique. », j’entendais la voix de Patrice dessus. Donc tout de suite quand j’étais à Paris, je l’ai sollicité. Il a écouté les vingts premières secondes du morceau et il m’a dit « On le fait ! ». Tu vois, j’avais visé juste, il a même pas pris le temps de l’écouter en entier, il a écouté les vingts premières secondes et on le fait. Donc c’était génial quoi !

LA SUITE BIENTÔT…

Entretient réalisé par Geoffrey Marliac et Paul Le Guen

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Une réflexion sur “L’interview qui a bon Guts

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