Les Inclassables du Cinéma Français

     Aujourd’hui, à l’ère du numérique, du Mac Donald et de Dany Boon, il fait bon de détester le Cinéma Français. Mais, pour une fois, n’écoutons pas les râleurs. Si le système du Cinéma Français a besoin de prendre un coup de jeune, rappelons aujourd’hui que de nombreux films issus de votre pays natal ont eu une influence importante sur le cinéma. Ces films, souvent peu connus, ont pourtant marqué leur temps et continuent d’exercer une influence discrète…

Traditionnellement, on divise le Cinéma Français en deux branches distinctes :

  • Le Cinéma Classique : Le Réalisme Poétique / La Qualité Française (Les Vieux).

  • Le Cinéma Moderne : La Nouvelle Vague Française (Les Rebelles).

Blablabla. Une vision scolaire mais vraie du Cinéma français, qui a tendance à masquer certaines œuvres inclassables et vraiment originales. Dans cette chronique, vous sera listé quelques uns des films français les plus influents, toutes époques comprises.

Saviez-vous que le premier film utilisant la voix off était français ?

Le Roman d’un tricheur (1936)

Sacha Guitry

« Le théâtre, c’est du présent. Le cinéma, c’est du passé. Au théâtre, les acteurs jouent. Au cinéma, ils ont joué » Sacha Guitry, Le cinéma et moi, Paris, Ramsay, 1977, p. 87.

Roman d'un tricheurSacha Guitry était un homme du Théâtre, plus un conteur qu’un réalisateur. Et pourtant, innocemment, l’ami Guitry innova le concept de la voix-off. Voilà voilà… Le Roman d’un Tricheur raconte l’histoire d’un homme rêvant d’être riche, et qui passera sa vie à chercher les moyens les plus délictueux de remplir ses poches.

C’est un film plutôt paticulier pour son époque, puisque ne comportant pratiquement aucun dialogue. Toute l’histoire est narrée par le personnage principal, joué par Guitry lui-même. Aujourd’hui, entre Lord of War, Fight Club, Trainspotting et des milliers d’autres, le concept de la voix-off comme pensée du personnage principal est largement intégré dans nos esprits. Et pourtant, il fallait bien que quelqu’un y pense, justement. Cette personne, ce fut Sacha Guitry.

Déjà, avec son premier film, Bonne Chance, en 1935, Guitry utilisait des embryons de voix-off. Mais, avec Le Roman d’un tricheur en 1936, il innova en réalisant un film entièrement sonorisé par… Les pensées du personnage principal. Toute les actions sont commentées, avec tout l’humour et la prestance dont Guitry dispose. On pourrait presque lui reprocher un certain narcissisme dans son omniprésence vocale, artistique et visuelle… Mais bon, avant d’être une voix, le Guitry était un personnage…

Saviez-vous que le premier film gore de l’histoire du cinéma était un film français ?

Les Yeux sans visage (1960)

Georges Franju

« Le Cinéma de genre français, c’est un peu un Cinéma sans visage »

les yeux sans visagesÇa, avouez, ça vous la coupe. En général, on parle du film « Blood Feast » datant de 1963 pour parler du premier film gore de l’histoire du cinéma. Ce qui est faux, puisque Les Yeux sans Visage a été réalisé 3 ans avant. Le film raconte l’histoire d’un père qui kidnappe des jeunes filles et découpe leurs visages afin d’en redonner un nouveau à sa fille, victime d’un tragique accident…

Un scénario lugubre digne des thrillers fantastiques modernes ! En plus, chose pas toujours courante dans le milieu du film gore, il s’agit d’un bon film, réalisé avec une grande maîtrise. On peut considérer ce film comme pionnier du gore par les nombreuses apparitions de liquide sanguin (Inédit pour l’époque). Georges Franju est un réalisateur issu de l’école du court-métrage documentaire français, comme Alain Resnais ou Jacques Demy. Le premier réalisateur cité fera des films sur l’amour et la joie de vivre, le second fera des comédies musicales. Et Franju lui… Des films de genre, souvent portés sur l’horreur ou le fantastique, tout au long de sa carrière.

Donc vous voyez, cyniques que vous êtes, le Cinéma de Genre Français, ça existe ! Malheureusement, Franju marquera moins par ses films suivants. On ne peut réussir à chaque coup. À noter toutefois que son premier film, un court-métrage documentaire de 1948, Le Sang des Bêtes, était déjà extrêmement sanguinaire. Normal, me direz-vous, pour un documentaire traitant des abattoirs (et, métaphoriquement, des camps de concentration).

Saviez-vous qu’un des dessins animés ayant le plus influencé Hayao Myazaki était un dessin animé français ?

Le Roi et l’Oiseau (1980)

Paul Grimault

« Voyons ma chère, le travail, c’est la liberté… »

Le Roi Charles 5 et 3 font 8 et 8 font seize de Takikardi

le roi et l'oiseurLe Château dans Le Ciel, le Château Ambulant, le Château de Cagliostro, ça en fait des châteaux sur le compte du maître Japonais. Mais comment ces
châteaux baroques sont-ils apparus à l’esprit d’un oriental comme Myazaki ? Les japonais ont toujours eu une fascination pour l’architecture européenne (rappelez-vous, l’herbe est toujours plus verte), et ça ne date pas d’hier. Mais ce ne sont pas les Châteaux de la Loire qui inspireront à Myazaki les fantasmatiques structures visibles dans ses films. C’est bien Le Roi et L’Oiseau réalisé par Paul Grimault qui lui donna une telle passion pour les châteaux.

Encore aujourd’hui, le créateur des studios Ghibli confie que ce film reste une de ses influences majeures. Et pas seulement pour les châteaux. Le petit message anti-autoritarisme glissé discrètement dans le film prouva à Myazaki qu’il était possible de réaliser un film d’animation qui puisse toucher aussi bien les petits que les grands. Aujourd’hui, le nom de Paul Grimault et de son scénariste, un certain Jacques Prévert, sont passé à la trappe. Si ce dessin animé garde une certaine renommée, la toute puissance de Walt Disney a fait un peu oublier qu’en France et ailleurs, on fait aussi du dessin animé…

Saviez-vous que le premier film métaphorique sur le SIDA était français ?

Mauvais Sang (1986)

Leos Carax

« Faim, soif, cris, danse, danse, danse, danse ! » Alex

mauvais sangBon… Comme pitch pour attirer vos yeux avides de connaissances, on fait mieux… Il n’empêche que ce chef-d’oeuvre délaissé des années 80 a beaucoup marqué les esprits. Si Leos Carax est presque inconnu en France, il est extrêmement adulé à l’étranger ! Film d’auteur à l’esthétique très singulière, Mauvais Sang raconte l’histoire d’Alex (Denis Lavant) qui va se lier à deux vieux gangsters pour planifier le vol d’un vaccin précieux. Un plan compliqué par l’apparition d’une jeune femme, Anna (Juliette Binoche), dont Alex va tomber amoureux. Mais cet amour est condamné à rester platonique car… Alex has a secret.

Un film assez intrigant, à la frontière entre deux tendances :

  • Sur la forme, des couleurs « pop » et flashies, une esthétique courante dans les films français de cette époque.

  • Sur le fond, un film sur la jeunesse, son errance et son mal-être. Des thèmes très en vogue dans la Nouvelle vague Française.

S’il n’est jamais exprimé clairement que le personnage d’Alex souffre du VIH, le « mauvais sang » nous est rappelé tout au long du film, par des petites tâches rouges visibles sur l’écran. Parfois considéré comme l’un des plus grands films français modernes, Mauvais Sang est un chef-d’oeuvre d’interprétations et d’esthétique, à voir absolument pour étancher sa cinéphilie (et en plus il y a de la bonne musique !).

Le film reste très célèbre pour le plan d’une course du personnage principal sur la musique de Modern Love par David Bowie.

Saviez-vous que le premier film entièrement tourné façon Found-Footage était…Belge ?

C’est arrivé près de chez vous (1992)

Rémi Belvaux et André Bonzel

« Un p’tit quidam ça n’fait pas de vagues. Tu tues une baleine, t’auras les écolos, t’auras Greenpeace, t’auras le Commandant Cousteau sur le dos. Mais décime un banc de sardines, J’aime autant te dire qu’on t’aidera à les mettre en boîte hein ! » Ben

Bon, ce n’est pas un film français, c’est un film belge. Mais ce film a été réalisé près de chez vous…

c'est arrivé prèsC’est arrivé près de chez vous s’affiche d’emblée comme un documentaire narrant le quotidien d’un serial killer local joué par Benoit Poelvoorde en début de carrière. Il contient déjà tous les ingrédients du Fond-footage moderne, style Chronicle ou Rec. Si l’apparition du Found-Footage est généralement associé à Projet Blair Witch réalisé en 1999, je pose mon veto pour C’est arrivé près de chez vous réalisé sept ans avant, et que les réalisateurs du dit « Projet Blair Witch » ont certainement vu puisque ce film a fait le tour du monde !

Eh oui Jamie, aux yeux des cinéphiles non francophone, Benoit Poelvoorde est un acteur de films d’horreur (ce qui n’est pas totalement faux d’ailleurs, il a joué dans des tas de films plutôt horribles).

Ce film, tourné avec des moyens dérisoires, comportant une grande part de figuration gratuite, a même dû être réadapté en 35mm spécialement pour le festival de Cannes. À l’instar d’un Paranormal Activity au budget « Sac de Farine », C’est arrivé près de chez vous tiens surtout au talent de l’acteur principal et du point de vue subjectif de la caméra.

Oui, le point de vue subjectif ! Celui qui fit tant frissonner les amateurs du Projet Blair Witch planqués sous leur couette. Un film projeté entièrement avec l’idée que les images vues sont des images prises en direct, avec une caméra. Comme dans un vrai documentaire, en somme. Mais un documentaire saupoudré de beaucoup d’humour noir. D’autres projets annexes avaient déjà innové le concept, comme les Documentaires Interdits de Jean-Teddy Filippe ou le film Cannibal Holocaust de Ruggero Deodato, mais aucune de ces œuvres n’avaient pour vocation de tourner un film uniquement en « Found-footage ». André Bonzel et Rémi Belvaux, eux, l’on fait. Et avec humour. Ils ont ainsi ouvert les portes à toute une nouvelle vague de réalisateurs des années 2000.

Mais, avant d’être un des représentants les plus aboutis du Found-Footage, C’est arrivé près de chez vous est également une perle d’humour noir, qui restera une référence pour bon nombre de réalisateurs par la suite, comme Albert Dupontel ou Kervern et Delépine.

C’est avec ce film que se clôt cette chronique. Je l’ai écrite pour mettre en avant des œuvres à l’influence et au potentiel parfois trop méconnus. J’espère qu’elle aura su vous convaincre que le cinéma francophone comporte des perles capables de traverser les âges et d’avoir une portée sur les œuvres présentes et futures. Bien sûr, je n’ai pas parlé de tous les films français inclassables ou simplement influents. 100 pages ne seraient pas suffisantes pour les présenter tous. Mais j’ai parlé des films dont il me semblait nécessaire de parler, et qui, j’espère, pourront ouvrir vos horizons cinéphiles si vous ne les connaissez pas déjà.

Ecrit par Arthur Duclos

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