Huata, l’entretien mystère : Partie I, leur musique…

     Huata, meilleur groupe de doom français avec Monarch!, rien que ça. Nous avons invité les compères à venir boire un verre avec nous autour duquel nous aurions pu leur poser quelques questions. Mais nous n’avons pas pu nous empêcher de nous engouffrer dans leur monde au fil de la conversation qui aura au final durée plus d’une heure.  Voici pour vous, la première partie de cet entretien riche en culture et en spiritualité. Laissons la parole à Ronan, le chanteur et à Benjamin, le bassiste.

Autant annoncer la couleur !

Autant annoncer la couleur !

Huata, en breton « chasseur de sorcières », pouvez-vous vous présenter pour ceux qui ne vous connaîtraient pas encore ?

Benjamin : Ça veut aussi dire « conspuer », c’est l’expression pour signifier ça.

Ronan : C’est le terme qui m’a permis de choisir le mot, c’est « la chasse aux sorcières ». C’est un mot spécifique pour ça en fait !

En mars 2011 vous avez joué en première partie d’Electric Wizard qu’on cite souvent comme faisant parti de vos influences, avez-vous eu des retours de ces derniers ?

Benjamin : Des membres du groupe non.

Ronan : Mais ils sont venus à notre stand quand on vendait et ils ont tout pris ! On a pas eu de nouvelles, mais nous ne sommes pas allés en demander non plus. Mais oui il y avait quand même de la curiosité !

Open the Gates of Shambhala est sorti en 2010, Atavist of Mann en 2011 et votre Split avec Bitcho en 2013, à quand un nouveau projet ?

Benjamin : On était encore à travailler dessus tout à l’heure, on a prévu d’enregistrer fin de l’été pour la fin de l’année, pas un slip ou un Ep, mais un album complet.

Ronan : L’album s’appellera « Lux Initiatrix Terrae ». Ce sera plus dans la continuité d’Atavist of  Mann. Le split c’était plus une escapade musicale, une parenthèse. On compte refaire des splits et utiliser cette parenthèse là en fait.

Benjamin : C’est plus sur le côté psychédélique et les trucs plus progressifs dans le cadre du split. On prend cette part de notre musicalité et on la développe vraiment à fond dans un cadre précis. On s’en fout de faire un morceau de 20 minutes, on le fait et puis voilà !

Par rapport au split ça crée deux continuités dans le parcours musical de Huata : les albums que vous faites se suivent et les splits qui auront une continuité entre eux.

Ronan : Voilà c’est ça, deux continuités. Si on n’en arrive jusque là ce serait d’en enregistrer quatre ou cinq et de faire une compilation de split.

Benjamin : Mais il faudrait que ce soit très cohérent et plus dans cette ambiance cosmique qu’occulte qu’on développe dans nos albums.

Pour vous quel est l’intérêt principal du split, qu’est-ce qui vous intéresse le plus dedans ?

Benjamin : Déjà ça nous permet de sortir un disque avec des copains, là c’était les Bitcho. C’est grâce à eux qu’on pu jouer au Roadburn et ce sont vraiment devenus des amis. C’était un plaisir de partager ça avec eux. Et ça permet à deux entités de développer des thèmes pas forcément communs mais avec une esthétique commune. Et ça permet de donner également de la visibilité.

Ronan : On a déjà des idées de groupes pour les prochains split. Par exemple Ocean Chief en première ligne, un groupe de Suède qu’on a rencontré à Copenhague. Ils nous ont donné leur cd promo, mais on adore ce qu’ils font depuis longtemps. Du doom très écrasant, très massif. C’est presque un record du monde dans l’idée. Les gens connaissent mal mais, mais on peut trouver un petit reportage d’une vingtaine de minutes sur eux sur internet, c’est très intéressant !

Dans une interview donnée à « Time to Blast » vous parliez de l’envie de faire une plus grosse tournée que celle de trois/quatre jours que vous veniez de faire, avez-vous réalisé ce souhait depuis ?

Ronan : On a fait l’Espagne oui ! On a tourné une dizaine de jours entre Espagne et Portugal en 2012 après le Roadburn.

Benjamin : Puis après avoir rencontré le groupe Canadien Dopethrone, enfin, de Montréal !

Ronan : « De Montréal » ! *rires

Benjamin: On a fait une tournée européenne d’une quinzaine de jours avec eux en juin dernier, France, Angleterre, Hollande, Allemagne, Belgique et Pologne !

Des petites anecdotes rigolotes de concerts ?

Benjamin : Ah bah ça oui, on en a un paquet ! *rires

Ronan : Non non non, pas celle là ! *rires. Si, j’ai filmé le concert de Dopethrone en Pologne et la moitié du public est monté sur scène avec eux, la moitié des bières volaient dans tous les sens, de cheveux qui remuaient et ça n’a pas empêché les mecs de jouer ! Mais c’était assez triste, les Dopethrone avaient perdu un ami à eux pendant le tournée, mort d’une overdose dans la rue. Et le morceau sur lequel les gens sont venus sur scène disait non à l’héroïne. C’était un peu une autre réalité. Ils viennent de l’autre côté de l’Atlantique et on peut voit qu’ils n’ont pas forcément le même rapport aux choses que nous.

Benjamin : Mais c’était une expérience très riche, entre ça et toutes les bonnes histoires de rigolades. Des anecdotes il y en a plein et que des bonnes. Celle là n’est pas une « mauvaise », elle est triste…

Ronan : On a été aussi très bien accueillis en Allemagne, c’était vraiment génial.

Vous avez aussi sorti des cassettes, que pensez-vous de ce retour en force des cassettes ? On a reçu dans La Petite Radio dans la Prairie le patron de Retard Records qui nous disait que « les cassettes sont l’esprit garage, cheap and do it yourself », qu’en pensez-vous ?

Benjamin : Il y a un peu un effet de mode « je suis rétro en étant encore plus rétro que toi » c’est vrai. Mais il n’y a pas que ça, c’est vrai que pour le garage c’est parfait. Pour le Noise, Doom, Sludge, Drone c’est parfait aussi, ça correspond au son qu’on veut donner. Et c’est moins cher !

Ronan : Et pour les punks qui veulent avoir des cassettes c’est super pratique et ça a toujours été le cas. Mais c’est surtout une démarche artistique pour compléter le son de certains styles. C’est le format qui dessert le mieux ces styles.

Benjamin : Un matériau qui rend le son crade et c’est déjà ce qu’on essaie de faire à la base donc c’est parfait ! Pour la volonté de distordre le truc il n’y a pas mieux, c’est jusqu’au-boutiste à ce niveau là.

Huata c’est du doom/stoner, le genre par excellence délaissé par les médias classiques, pourquoi selon vous ne s’y intéressent-ils pas ? En dehors de Queens of the Stone Age !

Ronan : C’est peut-être bien comme ça en fait. Ce n’est pas une volonté de se fermer mais d’être indépendant. Les gens sont obligés de choisir par eux-mêmes de venir vers ce genre de musique. Ils ont à faire la démarche et ça les enrichi personnellement. C’est vachement plus intéressant qu’une culture de masse. Tant mieux que ça reste confidentiel dans l’idée où ça permet dans le fonctionnement entre les artistes et les productions d’être plus humains. Et c’est quelque chose de bien à garder.

Benjamin : Quand on voit comment à fini le grunge. C’était une culture indépendante à la base, ça s’est médiatisé à fond pour finir par couler. Ça a transformé Dave Grol en milliardaire quoi.

Ronan : C’est quand même un bon batteur ! *rires

Oui et si ils font la démarche eux-mêmes c’est qu’il y a un intérêt pour le style. Ils se créeront une culture sur le sujet. Si on leur en parlait à la télé, ils absorberaient juste sans en faire quoi que ce soit.

Ronan : C’est la différence entre une culture passive et une culture active, c’est vrai !

Benjamin : Quand quelqu’un vient à un concert et qu’il vient nous parler c’est qu’il a fait l’effort d’écouter ou même de se déplacer c’est très touchant. Il y a l’effort !

Ronan : Quand les gens achètent tes Cd ou tes T-Shirt ils ne les ont pas trouvés au Supermarché, ils sont contents de les avoir parce qu’ils se sont déplacés et qu’ils les ont achetés des mains du groupe. Tu sais que l’argent va directement vers eux sans passer par tout un tas de systèmes.

Le doom est un style assez particulier, qu’aimeriez-vous dire à nos lecteurs pour les inviter à s’y initier ?

Benjamin : Ce qu’il faut apprécier, c’est une certaine texture de son, un certains grain. La longueur de certaines compositions. Il faut se plonger au cœur de la musique, l’entendre sans être passif à l’écoute. Il faut « aimer le beurre », que ce soit gras…

Ronan : Il faut aimer le blues, ça en vient. Pour ceux qui veulent découvrir le doom/stoner, faut aimer quand c’est lent et lourd, c’est quand même mieux. Jusqu’à ce que ce soit spongieux des fois même. Il ne faut pas aimer Satriani, ça c’est sûr, ça se complémentarise pas très bien. Ça s’écoute fort ! Et les riffs Sabathiens ! Ecoutez Sabotage, ralentissez-le et c’est bon vous aimerez le doom ! *rires

Un dicton stoner dit « plus la barbe est longue, plus le son est dur » un petit commentaire ?

Ronan : Et bien on est mal barrés ! *rires

Benjamin : Je dirai plutôt plus il y a d’amplis mieux c’est ! Certains groupes ne jouent d’ailleurs que sur la puissance de son.

Vous jouez le 16 avril prochain à Rennes au Mondo Bizarro avec Pombagira et Fange. Fange qui est un de tes autres projets Benjamin, peux-tu nous en parler un peu ?

Benjamin : Oui, c’est un projet qu’on a monté avec Baptiste de Brain Pyramid, ça faisait un moment que je voulais faire autre chose que Huata. Mais quand même dans un domaine électrique. Fange c’est un projet brut. Un truc bourrin, débile, même si ça ne l’est pas tant que ça. Je n’arrive pas à faire un truc trop simple, trop con. On est en plein mixage, ça part en mastering la semaine prochaine. On a un premier Ep qui sortira en avril ! C’est un projet qui va vite, on s’est formé en novembre et on a déjà un Ep cinq titres. Gros sludge aux influences ultra crades à la base, mais au final c’est un peu plus alambiqué comme les premiers Melvins. Avec une pédale HM2 !

Un conseil pour se préparer pour cette date ? L’enchaînement des trois groupes va être assez musclé, ça va faire du bruit. Surtout au Mondo, une salle assez confinée !

Benjamin : Petit et confinée ce n’est pas un mauvais point ! Généralement, plus ça l’est, plus on le sent..

*Fou rire relativement général*

Ronan : Ce sera fort, prenez des bouchons si vous n’êtes pas habitués. On joue fort. Ce qui est intéressant ce n’est pas de vous péter les oreilles, mais que le son soit propagé de manière très dense. Evidemment vos oreilles sont mises en danger. Mais c’est tout le corps qui devra être impliqué !

C’est clair que c’est un ressenti et une façon de vivre la musique.

Benjamin : Oui et c’est la que ça interagit avec le corps. Quand tu te sens aller vers l’avant et que tu reviens en arrière quand la musique s’arrête. C’est incroyable, les ondes agissent vraiment sur nous. Mais il ne faut pas que ce soit trop fort non plus, sinon ça perdrait de la musicalité.

Ronan : Pour jouer fort il faut le moins de notes possibles pour les asséner encore mieux quelque part !

Huata est très imprégné d’une certaine ambiance occulte jusqu’à votre jeu de scène, vous jouez en bure sur scène. Quel rôle joue la lumière dans tout ça ?

Benjamin : On a pas d’ingé donc on compose avec les techniciens en fonction du matos disponible sur place. En général pas de lumière en façade mais plutôt en contre jour, c’est plus intéressant pour les silhouettes. C’est plus le son qui fait défaut, généralement on joue trop fort pour les ingés sons sur place. Mais on les comprend, ce n’est pas facile à régler pour eux. Mais on bataille pour qu’ils fassent vraiment ce que notre musique appelle.

Ronan : Pour la lumière, c’est au Ferrailleur à Nantes qu’on aura eu la meilleur expérience. Parfois il n’y a pas grand chose dans la salle et autant débrancher le dispositif et installer quelques lumières d’appoints sinon on aurait l’impression d’être dans une salle des fêtes !

 La suite est à venir…

Propos recueillis par Baptiste Pierrard

Photo de couverture par Marine Huet

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