Sebastien Pissavy, l’interview.com !

     Sebastien Pissavy, ce nom vous parlera peut-être. Lightman, par contre ne vous sera sûrement pas inconnu, car c’est sous ce pseudonyme qu’il fonda et présida jeuxvidéo.com. Geek ou pas, vous connaissez forcément cette référence en matière d’information et de référencement vidéoludique. Et bien c’est avec grand plaisir que nous avons pu lui poser quelques questions sur Sebastien l’entrepreneur, et Lightman le Geek.

Le jeune Sébastien à la tête de jeuxvidéo.com !

Le jeune Sébastien à la tête de jeuxvidéo.com !

Sebastien, d’où t’es venu cette idée de fonder ce site qu’est jeuxvidéo.com, aujourd’hui la plus grande référence en la matière ?

L’idée de départ date de 1995 avec la création d’un document électronique qui s’appelait l’Encyclopédie des Trucs et Astuces de Jeux Vidéo (ETAJV). Celui-ci était distribué gratuitement, d’abord à mes amis et contacts. Puis le cercle des utilisateurs de l’ETAJV s’est élargi considérablement quand les magazines papier de l’époque ont diffusé des versions de l’ETAJV dans les CD accompagnant leurs magazines. L’ETAJV était un document contributif, les joueurs pouvaient m’envoyer leurs propres astuces afin que je les intègre dedans. Fin 1996, je recevais une vingtaine de lettres par jour de demandes de joueurs qui voulaient obtenir la toute dernière version de l’ETAJV. A partir de là, nous avons décidé de passer pro et d’essayer de vivre de notre passion, avec deux personnes qui s’étaient associé avec moi depuis quelques mois. Nous avons donc créé une entreprise avec deux objectifs : ouvrir un serveur minitel (3615 ETAJV) qui nous permettrait de facturer notre premier chiffre d’affaires, et puis créer un site internet : jeuxvideo.com.

 

Peux-tu nous expliquer ce qu’est l’odyssée interactive ?

C’est le nom de l’entreprise qui édite jeuxvideo.com, aujourd’hui encore.

 

Tu as quitté ton poste en août 2012, mais tu restes très apprécié de la communauté que tu as créée. N’as-tu parfois pas envie d’y faire un petit saut ?

Je repasse de temps en temps lire un contenu, visionner une vidéo (surtout les chroniques) et aussi sur les forums pour m’imprégner de cette atmosphère propres aux forums et qui a forgé l’identité du site, quelque chose qu’on ne trouve pas ailleurs à mon avis. Sinon, je réponds toujours aux messages privés qu’on m’envoie.

 

Jvc est très souvent critiqué à propos de ses forums, que penses-tu de ces reproches ?

Ils sont parfois fondés, mais il ne faut pas oublier que jeuxvideo.com a les plus gros forums français, toutes catégories confondues, et que ces forums sont fréquentés par une population jeune et par nature assez remuante ! Cependant, il règne sur ces forums une grande liberté d’expression qu’il est important de ne pas museler !

 

Tu as également publié un livre, peux-tu nous en parler quelque peu ?

Ah, mais avec plaisir, tu me donnes l’occasion de faire ma pub ! Le livre raconte toute l’histoire de jeuxvideo.com, de 1995 à nos jours. Les internautes peuvent y trouver beaucoup d’anecdotes des coulisses de jeuxvideo.com, les déplacements à l’E3, au Tokyo Game Show, de la création de la société en passant par les péripéties liées aux forums (les sujets du bac, l’internaute qui a piraté un site de l’armée américaine, la police qui débarque chez moi en pleine nuit, etc…). Le bouquin s’appelle « jeuxvideo.com : une odyssée interactive », il est sorti aux éditions Pix’n Love. On peut le trouver en version papier à 18,05 chez Amazon, et enversion électronique à 9,99.

 

Sur ton site, tu parles de la mise en ligne au format pirate de ton livre en encourageant sa lecture par ce biais. Que penses-tu du téléchargement dans le milieu du jeux vidéo ?

Je l’encourage dans la mesure où en tant qu’auteur je pense qu’un téléchargement n’est pas du tout synonyme d’une vente manquée. Et puis, mon souhait est d’être lu par un maximum de gens. Je n’ai pas écrit ce livre pour gagner de l’argent mais pour partager une expérience et laisser une trace de cette aventure entrepreneuriale. Pour ce qui est du piratage dans les jeux vidéo, les jeux les plus piratés sont aussi les plus vendus. Je crois que les éditeurs ne considèrent plus le piratage comme il y a encore une décennie. En tous cas, j’espère qu’ils ont évolué ! Le piratage fait désormais partie du mode de distribution des biens culturels. Plutôt que de s’en offusquer et d’essayer de le contrer (sans chances d’y parvenir), il faut au contraire s’en servir comme d’un levier pour attirer plus de joueurs. C’est d’ailleurs cette approche qui a permis au modèle économique free2play d’émerger.

 

Effectivement le piratage est un moyen d’accès facile et gratuit à la culture et permet également d’être un certain outil de communication. Mais de plus en plus de sociétés de jeux indépendants s’en plaignent et se retrouve avec une énorme quantité de jeux piratés pour peu de jeux achetés. Le piratage, oui, mais que dans certains cas ?

Ces sociétés se plaignent parce qu’elles vivent toujours dans l’ancien monde, celui où on vendait des jeux en boîtes, par nature difficiles à pirater. Il faut s’adapter aux nouvelles conditions du marché. Il est inutile de s’en plaindre et d’essayer de limiter le piratage par des procédés techniques qui vont nuire aux joueurs et nuire encore plus à l’image de l’éditeur du jeu. La réalité, c’est que le piratage est aujourd’hui un fait. En tenir compte, c’est adapter son modèle économique. Amis éditeurs, faites du free2play ou tout autre modèle dans lequel le piratage est un levier et pas un risque !

 

Geek et entrepreneur, le combo gagnant quand on arrive à le mener à bien. De ces deux facettes, laquelle te décrirait le mieux aujourd’hui ?

Je me sens plus entrepreneur que geek. En plus, geek est un terme aujourd’hui mis un peu à toutes les sauces. Traditionnellement, un geek c’est quelqu’un qui passe son temps devant un écran. Autrefois, on disait « passionné d’informatique », mais j’imagine que cette expression n’était pas assez branchée pour notre monde médiatique. Maintenant, pour les médias, un geek c’est un type qui achète toutes les nouveautés techno qui sortent… Je préfère la notion de bidouilleur informatique, le besogneux qui développe un petit logiciel dans son garage… Clairement je me sens plus proche d’un Steve Wozniak que d’un Steve Jobs, surtout sur le plan humain.

 

 

Vous avez sûrement tous déjà mis les pieds sur le site, avouez le !

Vous avez sûrement tous déjà mis les pieds sur le site, avouez le !

Geek est un mot assez fourre-tout aujourd’hui oui. Pour revenir au point de départ, quand tu as fondé l’Odyssée interactive, étais-ce d’abord parce que tu étais un joueur ou bien un entrepreneur ? 

A la création de jeuxvideo.com, j’étais plus joueur qu’entrepreneur. D’ailleurs, je n’avais pas la moindre idée de ce que pouvait être le rôle d’un entrepreneur ! On a fait le site que j’aurais aimé avoir en tant que joueur . Et peu à peu, je suis devenu entrepreneur. S’occuper d’une boîte, c’est une sorte de grand jeu de stratégie hyper passionnant, car on agit dans la vie réelle. 🙂

 

Pardonne mon insistance sur le sujet, mais je trouve ces deux facettes très intéressantes, prends-tu toujours le temps de jouer quelque peu aujourd’hui ?

Plus beaucoup, il faut bien l’avouer. J’aime bien le retro-gaming. J’ai d’ailleurs failli acheter une borne d’arcade équipée de M.A.M.E, ce qui m’aurait fait replonger dans tous les vieux jeux d’arcade de ma jeunesse (Double Dragon, Operation Wolf, Out Run, 1943, Asteroids, After Burner, Bubble Bobble, Arkanoid, Sega Rally, etc…). Mais ma femme a mis son veto ! Je crois qu’elle a bien fait 🙂 

 

Comment faisais-t-on pour lancer un site internet dans les années 2000 ?

Jeuxvideo.com, c’était même en 1997 ! C’était plus difficile que maintenant parce que les outils n’existaient pas, les hébergeurs étaient rares (les français étaient hors de prix). Nous avons commencé avec juste quelques pages statiques créées sous Dreamweaver et hébergées aux Etats-Unis. Puis, on a commencé à avoir quelques développements en Perl puis en C, on a utilisé une base de données qui s’appelait msql (ancêtre de mysql). Bref, il y avait tout à construire, on s’est totalement basé sur de l’open source. Par philosophie, mais aussi par manque de moyen ! C’était l’époque des pionniers, une période très stimulante sur le plan intellectuel. Aujourd’hui, n’importe qui peut créer un blog ou une page Facebook en 2 minutes. A l’époque, l’un comme l’autre n’existaient pas, et pour créer son propre site, il valait mieux être informaticien !

 

Tu as l’air de beaucoup tenir à ton département, veux-tu nous en parler quelque peu ?

Oui, j’aime l’endroit où je suis né et où j’ai grandi. J’aime aussi aller voir ailleurs, mais l’endroit où je reviens toujours ce sont ces montagnes d’Auvergne et ce département du Cantal en particulier. Une de mes plus grandes satisfactions, c‘est d’avoir réussi à monter jeuxvideo.com à Aurillac et du coup à créer quelques dizaines d’emplois numériques ici. Aujourd’hui, c’est cette idée qui me motive : participer à redynamiser l’économie locale afin que tous ceux qui le souhaitent puissent vivre ici, dans cet endroit préservé de la pollution, de l’insécurité, du vacarme et du stress des grandes métropoles. Bref, venez vous installer ici, dans le Cantal, la nature n’est pas un slogan à touristes ! D’ailleurs, si vous avez un projet de création d’entreprise et que vous envisagez une implantation vers chez moi, n’hésitez pas à me contacter, je ferai mon possible pour vous aider ! si si ! 🙂

 

Tu figures parmi la liste des « 100 français qui feront les années 2000 » créée par Le Point, cette distinction a-t-elle changée quelque chose pour toi à l’époque ?

C’était une petite fierté, un événement supplémentaire dans le torrent d’événements médiatiques qui ont déferlé sur moi au début de l’année 2000, comme je le raconte dans le bouquin. Concrètement, ça n’a rien changé rien du tout, je n’ai pas encadré l’article pour le mettre dans mon salon, je vous rassure ! 🙂

 

Si tu avais un conseil à donner à quelqu’un qui voudrait monter son entreprise en ces temps difficiles ?

Qu’on soit en période de crise ou en période de croissance, on peut toujours créer sa boîte. On a créé jeuxvideo.com au début 1997. Or, janvier 1997 a longtemps détenu le record de chômage en France (battu en 2013). Nous nous sommes donc lancés dans une période de crise importante. La crise est France, ou du moins l’absence de croissance, est partie pour durer quelques années. Pourquoi attendre ? Si vous êtes motivés pour vous lancer, si vous avez une idée dans laquelle vous croyez, lancez-vous ! Si vous ne savez pas trop par quoi commencer, et même si vous n’avez pas d’idée, inscrivez-vous au MOOC Effectuation de l’EML, c’est un bon point de départ pour tordre le cou aux idées reçues sur le monde de l’entrepreneuriat.
Et si vous avez besoin d’un associé, ou d’un coach, contactez-moi, on ne sait jamais ! 🙂
Donc, pour résumer, voici mon conseil : 

 

Gardes-tu toujours un quelconque droit de regard sur jvc ?

Oui dans la mesure où j’en suis toujours actionnaire minoritaire (10%), mais je ne suis plus dans l’opérationnel. J’ai toute confiance en l’équipe actuelle pour pérenniser le succès de jeuxvideo.com voire, pourquoi pas, pour l’accroître encore !

 

Nous sommes à la base un webzine traitant beaucoup de musique, quels sont tes goûts en la matière ? 

Je vais être classique et conformiste sur ce sujet ! J’aime beaucoup Stromae, Bruno Mars, Avicii.

 

Un mot de fin ? Fais-toi plaisir !

Merci de m’avoir sollicité pour cette interview. Longue vie à The Grateful Zine, et bravo à toute l’équipe !

Propos recueillis par Baptiste Pierrard

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2 réflexions sur “Sebastien Pissavy, l’interview.com !

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