Un cyber-verre avec Paranoyan

     Eh toi ! Fan des années 90 vient prendre un cours de oldschool à « l’école du micro sans argent » de Paranoyan. Les 13 titres de cette leçon, arrivent à mélanger des thèmes durs avec des paroles qui font rire et réfléchir, le tout sur des instrus comme on les aime. Parfois jazzy parfois sombre on se laisse porter par des sons envoûtants. En parodiant les marseillais d’IAM, pour son titre éponyme, il nous livre une vision du rap complètement indé. Ultra référencé ce titre est un panorama du hip hop dans l’hexagone, mais ne t’y trompes pas Paranoyan ne côtoie pas Joey Starr dans le « club à Jean Roch ».

La maîtrise du stylo nous est servie sur un plateau sans argent par un flow percutant. C’est dans un mélange de genres et de références, allant des Tortues Ninjas à Gainsbourg en passant par les Gremlins que ce rappeur lillois nous peint son monde. Mais il sait rester lucide et on ne voit pas dans ce disque un ego surdimensionné, un homme qui sait d’où il vient et où il est. Hétéroclite de part les influences que l’on retrouve au fil des titres, Paranoyan rste quand même dans une lignée de rappeurs des 90’s que l’on connaît bien, mais que l’on retrouve peu en ce moment. En bref, un album indépendant qui s’écoute très bien, que tu sois paranoïaque ou sain d’esprit (enfin, ça, c’est ce que tu crois…).

L’entretien:

     « Paranoyan, c’est du rap conscient d’inconscient ou inversement, parfois détaché mais attachant… ». Telle est la description fournie par Paranoyan sur son Bandcamp. Et ce rappeur a visé juste, tout comme le fait son nouvel album, « L’école du micro sans argent » sorti pour Noël dernier. Pour l’occasion, nous lui avons posé quelques questions, mais également sur l’état du monde du rap français actuel.

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Paranoyan, rappeur Lillois, détaché mais attachant. Quelque chose à rajouter pour que les lecteurs te situent mieux ?

Ouais c’est du rap conscient d’inconscient et/ou inversement. C’est la devise. On investit pas d’argent dans les projets vu qu’ils ne sont pas là pour rapporter d’argent. On fait ça avec StudioClip.com.

Rien n’est investi dans les projets ?

J’ai payé le pressage 1700 euros pour 1000 exemplaires parce que je voulais des CD. En carton avec un poster en qualité max , pour ceux qui aiment avoir un bel objet et sinon le studio je donne 10/20 euros une fois sur trois. Pour les clips on s’arrange en bière, poulets frites, kebab et clopes !

Ps: je travaille qu’avec mes amis, c’est pour ça aussi, on est pote depuis des années, même en dehors de la musique.

Oui c’est vrai que l’objet, le cd fait toujours plaisir et laisse une trace physique !

Je voulais pas vendre un CD mal fait parce que même si c’est sans argent, le but c’est quand même de faire le plus qualitatif possible. Mes potes sont tous très compétents dans leurs domaines respectifs, c’est leur taff en dehors des projets coups de coeur comme avec moi.

Tu as donc sorti un nouvel album en décembre dernier, « L’école du micro sans argent », mais tu n’étais pas à ton coup d’essai. Peux-tu faire un bref résumé de tes précédents projets ?

J’ai fait une clef usb avec trois albums dessus (Mes racines sont au ciel (rap old school), Un coussin péteur sur une chaise électrique (rap plus actuel), et Texte drogue et divertissement (electro dubstep)). Et après « 1 g en attendant l’album » où j’ai compilé les feat que j’ai fait, en vrac: L’Animalerie, Casey, Anfalsh, Hippocampe fou, La Jonction, Shabaam Sahdeeq, MC Metis et d’autres.

La clef usb s’appelait 4g comme 4 grammes vendu encore à l’heure actuelle, avec un carambar et une feuille à rouler dans un pochon de 10 g de beuh. C’est un domaine dans lequel j’excellais à l’époque.

« L’école du micro sans argent » est une véritable déclaration d’amour aux pères du rap français. Le titre de l’album, la pochette et les morceaux en eux-mêmes. IAM est-il selon-toi le groupe incontournable de la vieille école ?

Ouais 4g c’est beaucoup de morceaux performances parce que je voulais faire mes preuves pour le nouvel album. Je voulais que ce soit plus personnel donc avec une prod old school propice à ce que je voulais raconter. Pas de feat sauf un titre, pour que ça reste mon univers et ne pas me cacher derrière 10 000 feat. Et enfin il fallait un titre qui marque et une pochette qu’on reconnait parce qu’il y a tellement de sortie en indé, c’est dur d’éviter la noyade médiatique. Du coup je l’ai jouée provoq volontairement sur le titre et le visuel et ça marche, beaucoup clique par curiosité. J’en ai rien à foutre d’IAM, j’aime pas trop mais j’adore leur album l’Ecole du micro d’argent, mais que celui là. Ils en ont vendu tellement que c’était le groupe ideal à détourner.

Ce détournement et ce côté très old school était donc là uniquement pour ramener du monde, ou également car tu aimes ce côté vieille école ?

Je fais du rap old school depuis le début. Mon album « Mes racines sont au ciel  » est sorti en 2010, ce sont uniquement des prods old school. Mais je fais aussi de l’electro dubstep à côté depuis le début. J’aime pas les étiquettes et j’aime bien faire selon mes humeurs. Là pour « L’école du micro sans argent » j’avais des problèmes de justice, du coup j’ai du un peu faire le point sur ma vie, mes années folles en dehors de la musique et j’avais envie de faire un bilan. Du coup les prods old school me paraissaient les plus adéquates. J’en ai donc fait un album et c’est seulement après que j’ai cherché comment mettre en valeur mon contenu et que j’ai trouvé le concept.

Beaucoup disent que « C’était mieux avant. ». Quel est ton point de vue sur cette cission que certains font entre le rap actuel et celui des anciens ?

A se prendre les pieds dans le passé on se cogne la tête dans le présent . Le rap c’est mieux pendant.

Si je voulais être méchant en plus (c’est pas vraiment vrai) mais pour la provoque, je dirai aussi les beat makers c’était mieux avant, mais y a des putains de beat makers faut juste bien chercher.

A propos du monde du rap, le nombre de projets de ce type qui se lancent chaque année en France est hallucinant. Penses-tu qu’il est encore possible aujourd’hui de se faire sa petite place dans ce milieu?

Je suis avec mon DJ Stamiff (un des meilleurs de la région, il est à côté de moi) il dit « difficilement » mon chargé de com est aussi à côté (comme tu vois on est en famille) selon lui je n’essaie pas de me faire une place, j’ai un « message  » à passer et j’ai choisi la musique et le rap comme vecteur (une réponse sérieuse ça change de d’habitude). Quant à moi j’en sais rien je fais mon truc, si des gens aiment bien c’est cool et s’il se trouve que de plus en plus de gens aiment bien… Je m’en branle d’être une star, pour moi vendre des millions d’album c’est pas normal ça rend fou. Je préfère garder les pieds sur terre et aimer les choses simples. C’est d’ailleurs ce qui parle aux gens dans mes morceaux et ce qui me permet d’avoir mon petit buzz à mon petit niveau.

Quand tu t’es lancé dans le rap, qu’y cherchais-tu particulièrement ? Le succès, la reconnaissance de tes paires ou un moyen de faire passer tes idées, d’extérioriser tes pensées ?

J’ai d’abord beaucoup écouté. Après j’ai rappé dans ma douche pour mes bouteilles de shampoing, ensuite à mes pote de mon bloc universitaire, puis les rappeurs du coin, puis mes potes et leurs potes et ce sont eux qui m’ont dit « y a un truc ». Du coup j’ai continué et comme je mettais pas d’argent j’ai eu des plans coups de coeur et de fil en aiguilles je me suis retrouvé à représenter toute ma région et j’ai gagné le printemps de Bourge en 2011. Je suis passé à l’échelle nationale et là j’essaie de confirmer.

Tu fais aussi partie du groupe Rapsodie. Peux-tu nous présenter ce collectif qui a également sorti un projet en 2013 ?

Rapsodie c’est Theotime à la batterie, Sofiane au piano (qui travaille avec Scylla et Medine en ce moment), Manu à la basse, MC Tikaby et moi-même. Le concept c’est musique classique et rap old school. On a sorti un maxi en juin, « Prélude » avec un feat avec Swift Guad. Là on est sur l’album de Rapsodie on va à fond dans des prod avec des samples rap old school mais avec des musiciens qui sont tous megas pointus dans leur domaine et en rap on va a fond dans le old school. Sincère, sans bling bling. On est à huit morceaux maquettés, on va aller jusqu’à 30 et on en gardera 12. J’ai fais ça aussi avec mon album, j’en ai écris une trentaine et j’en ai gardé 12.

Ce n’est pas trop difficile de jeter autant de travail ?

C’est surtout que des fois y a des morceaux que t’aimes bien sur le coup, mais qui vieillissent mal donc faut toujours prendre du recul et certains morceaux ne passent plus le crash test après 2/3 mois.

D’autres projets solo en vue ou Rapsodie passe en priorité ?

Là je vais défendre mon album. Déjà pendant ce temps-là j’en écrirai d’autres, j’ai un projet de maxi electro sur un label nommé « Alouette street » qui travaille beaucoup avec des anglais. Et je vais mettre mon énergie dans l’album Rapsodie vu comme c’est parti je pense vraiment pouvoir ramener un truc nouveau. Et enfin, l’année prochaine, on (Rapsodie) a signé un contrat pour faire une comédie musicale avec un orchestre national de musique classique. C’est presque 100 musiciens classiques et on invitera les mecs qu’on connait comme Scylla, Medine, Furax, Despo Rutti, etc… Mais pour le moment c’est au stade embryonnaire.

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Les gens ont une mauvaise vision du monde du rap actuel. Les gens qui ne penchent pas le nez dessus ne voient pas la scène underground et juge en se basant sur des personnages comme Maître Gims, Disiz, Orelsan, Oxmo, 1995… Penses-tu que ces visages soient très représentatifs de ce qu’est en réalité le rap actuel en France ?

Je m’en branle, en même temps si ces gens-là marchent c’est que des gens achètent les cd et payent les places de concert. Donc chacun fait son gâteau, faut pas être envieux faut faire son truc sans péter plus haut que son cul. Tant mieux pour eux. Tu sais, déjà se dire « je vais écrire des morceaux et demander de l’argent pour mon cd et demander aux gens de se deplacer et de payer des places de concert pour m’idolâtrer dans la lumière de la scène », c’est malsain. Faut pas se plaindre après que des gens jalousent et dénigrent, ils l’ont cherché quelque part. Et tu peux devenir arrogant ou avoir un ego démesuré. Donc moi j’essaie de rester simple avec mes potes pour limiter ce problème de starification.

La scène underground bien qu’immense semble toute petite, car on peut aisément faire des connections entre vous tous. Vous connaissez-vous tous réellement ?

En fait si tu demandes aux artistes s’ils s’écoutent ou s’ils se connaissent, ils vont tous dire qu’ils s’en foutent. En se respectant bien sûr. Et qu’ils ne s’écoutent pas mais ils se matent leur clips en cachette !

La scène US, berceau du hip hop reste toujours aussi intéressante. Tiens-tu en partie tes influences d’Outre-Atlantique ?

Ouais je suis de l’école Smif n’ Wessun, Helta Skeltah, Buckshot. J’aime bien aussi R.A. the rugged man.

Enfin comme on l’a dit précédemment, la scène française est riche. Quelques artistes dont tu aimerais parler un peu ?

J’écoute facilement Paco, Jeff le nerf, Scylla, Furax. C’est le style de rap français que j’aime bien.

C’est un rap super franc je trouve !

Oui, sincère, sans bling bling, et efficace !

Une question que l’on pose généralement, un message à faire passer ? Fais-toi plaisir !

Je suis arrivé au niveau 149 de Candy Crush.

http://paranoyan.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/pages/Paranoyan/155288627862566?fref=ts

https://www.facebook.com/RapsodiePro?fref=ts

Chronique écrite par Geoffrey Marliac

Propos reccueillis par Baptiste Pierrard

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